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RDC : Le vrai sujet n’est pas l’Eurobond, mais le basculement vers la dette commerciale

RDC : Le vrai sujet n’est pas l’Eurobond, mais le basculement vers la dette commerciale

Pendant plusieurs jours, le débat sur la dette publique congolaise s’est résumé à une querelle autour de Nicolas Kazadi et du Centre financier de Kinshasa.

Ses contradicteurs, notamment Steve Wembi et AfricaNews RDC, ont cherché à démontrer une incohérence : l’ancien ministre met aujourd’hui en garde contre les financements commerciaux alors qu’il avait lui-même autorisé un emprunt de cette nature en 2023.

Cette lecture passe pourtant à côté du principal.

Le problème soulevé par Nicolas Kazadi n’est pas l’existence de la dette commerciale. C’est sa montée rapide dans la structure globale de l’endettement.

Et le communiqué publié par la DGDP le 9 septembre 2026 donne désormais une mesure précise de cette évolution.

Au 31 décembre 2025, la dette publique s’établissait à 15,01 milliards de dollars. Six mois plus tard, elle atteignait 18,55 milliards.

Soit près de 24 % d’augmentation en un semestre.

Cette accélération mérite attention, mais elle n’est pas encore le point le plus important.

Le véritable changement concerne la nature des financements.

La DGDP indique que les financements non concessionnels représentent désormais 31,39 % des instruments de financement, hors arriérés.

Deux ans auparavant, leur place restait marginale, inférieure à 5 % sur une base comparable.

En matière de dette publique, cette évolution est loin d’être anodine.

Un financement concessionnel accordé à faible taux, sur vingt ou trente ans, avec différé d’amortissement, n’exerce pas la même pression sur les finances publiques qu’un Eurobond ou des titres domestiques rémunérés aux conditions du marché.

C’est précisément ce que signifie parler d’un changement de trajectoire.

La RDC conserve aujourd’hui des indicateurs globalement rassurants. La DGDP le rappelle elle-même. La valeur actualisée de la dette publique reste très inférieure au seuil prudentiel qui lui est applicable.

Mais cela ne signifie pas que toute nouvelle dette peut être accumulée sans conséquence.

Un ratio dette/PIB faible peut coexister avec une détérioration progressive de la qualité du portefeuille.

C’est là que l’argument du Centre financier trouve ses limites.

Les quelque 157,5 millions de dollars mobilisés en 2023 constituaient certes une dette commerciale coûteuse. Mais ils étaient destinés à des projets déjà en chantier, pour lesquels des besoins immédiats de paiement existaient.

Le constructeur avait avancé une partie du financement et l’État avait déjà engagé des remboursements significatifs.

Autrement dit, le financement intervenait au moment où l’investissement avait réellement besoin de liquidités.

C’est précisément la doctrine aujourd’hui défendue par Nicolas Kazadi : les ressources commerciales peuvent être utilisées, mais elles doivent l’être avec parcimonie et pour des projets suffisamment mûrs pour éviter que les intérêts ne courent pendant des années sur de l’argent encore inutilisé.

C’est aussi pourquoi la comparaison mécanique entre le Centre financier et l’Eurobond est insuffisante.

Le premier relevait d’une opération spécifique dans un portefeuille encore très largement concessionnel.

Le second intervient désormais dans une phase où l’État accumule simultanément Eurobond, Bons du Trésor, Obligations du Trésor et autres financements non concessionnels.

Ce n’est donc plus seulement une opération.

C’est une évolution structurelle.

Les débats autour des frais du Centre financier ou de ses échéances de remboursement ne changent rien à cette réalité.

Même la controverse sur les 52 ou 70 millions de sorties annuelles du Trésor ne peut occulter une distinction élémentaire : rembourser du capital n’est pas payer des intérêts.

Un crédit amortissable restitue progressivement le principal. Un Eurobond peut repousser cette obligation dans le temps. Comparer les deux uniquement à travers leurs sorties annuelles immédiates conduit donc facilement à une illusion de coût.

Le communiqué de la DGDP est d’autant plus intéressant qu’il contient lui-même une mise en garde.

Après avoir confirmé que la RDC reste à risque modéré de surendettement, l’institution souligne que la soutenabilité dépendra de la mobilisation des recettes, de l’utilisation productive des ressources empruntées et d’une gestion prudente des nouvelles émissions non concessionnelles.

Cette phrase résume à elle seule le débat.

Nicolas Kazadi ne dit pas que la RDC est déjà surendettée.

Il dit qu’elle doit éviter de suivre une trajectoire qui pourrait la conduire progressivement à consacrer une part croissante de ses recettes au service de la dette.

La nuance est essentielle.

Le véritable enjeu n’est donc pas l’Eurobond pris isolément.

Il est de savoir si la RDC est en train de passer, trop rapidement, d’un modèle d’endettement largement concessionnel à une dépendance croissante aux financements de marché.

Avec plus de 31 % de financements non concessionnels en 2026, la question mérite désormais mieux qu’une polémique personnelles

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