Contrairement à certaines affirmations, les Tutsi n’apparaissent pas dans le premier recensement colonial belge de 1908, qui identifiait les tribus présentes sur le territoire du Congo (Tribune)
Les du porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, véhiculant des stéréotypes dégradants à l’égard des familles tutsi congolaises, ont suscité une vive inquiétude dans l’opinion publique. Dans un contexte sécuritaire et social déjà fragile à l’Est de la République démocratique du Congo, ce type de rhétorique alimente la confusion, la stigmatisation collective et les tensions identitaires.
Il est impératif de condamner sans ambiguïté le séparatisme, le racisme et les discours de haine, tout en rappelant une vérité essentielle : l’histoire doit être racontée avec rigueur, sans manipulation ni raccourcis idéologiques.
Les faits historiques : ce que disent les recensements
Contrairement à certaines affirmations, les Tutsi n’apparaissent pas dans le premier recensement colonial belge de 1908, qui identifiait les tribus présentes sur le territoire du Congo à cette époque.
Ils apparaissent au deuxième recensement, mené entre 1955 et 1958, dans un contexte historique précis.
Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne cède le Rwanda-Urundi à la Belgique en 1920. Face aux besoins croissants en main-d’œuvre dans les mines, l’agriculture et l’élevage, l’administration coloniale belge organise alors une immigration légale de populations rwandaises vers le Congo.
Ces populations étaient formellement identifiées comme “immigrés Rwanda-Urundi (Nyarwanda)”, inscrites dans une catégorie administrative spéciale, et non répertoriées comme tribus congolaises autochtones. C’est là que naît le problème juridique et politique.
Dès la Première République, le dernier recensement colonial ayant classé ces populations comme immigrés et non comme tribus, les Constitutions de 1960, de Luluabourg (1964) et de 1965 ne leur reconnaissaient pas automatiquement la citoyenneté congolaise.
Ce n’est qu’en 1972, sous le régime du président Mobutu, qu’une décision politique majeure est prise :
les personnes originaires du Rwanda-Urundi établies au Congo avant l’indépendance sont reconnues comme Congolais.
Cette position est confirmée et verrouillée juridiquement par la Constitution de 2006, qui reconnaît comme Congolais toute personne appartenant à des communautés établies sur le territoire avant l’indépendance.
Ce débat est donc juridiquement clos.
Les Tutsi congolais ne sont pas des étrangers.
Parler le kinyarwanda ne rend personne moins Congolais.
Le vrai problème c’est l’État congolais et l’application de la loi
Le problème fondamental de la RDC n’est pas l’existence des Tutsi congolais, mais l’incapacité chronique de l’État à appliquer ses propres lois, ce qui affaiblit la gouvernance, alimente l’arbitraire et crée des frustrations instrumentalisées politiquement.
Dans des pays comme les États-Unis, des Congolais et d’autres immigrés accèdent à la nationalité sans que cela ne pose problème, parce que la loi est claire, appliquée et respectée.
La nationalité peut y être acquise, mais aussi perdue en cas de violation grave des lois.
La question essentielle est donc celle-ci : Comment exiger des citoyens le respect des lois quand l’État lui-même ne les respecte pas ?
En conclusion, la paix dans l’Est de la RDC ne viendra ni de la stigmatisation, ni de la falsification de l’histoire.
Elle viendra de la vérité, de la dignité, de la justice, de l’unité nationale et surtout du respect strict de la loi.
Opposer des Congolais entre eux sur des bases ethniques est une impasse dangereuse.
Reconstruire l’État de droit est la seule voie durable.
RDC, Pour la mémoire, pour la vérité, pour l’unité.
Par Moïse Mpangani Munganga, auteur et chercheur depuis les USA.
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