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‎Bas-Uélé : les communautés locales adhèrent aux CFCL et appellent à une gouvernance plus participative et à de meilleures retombées économiques

‎Bas-Uélé : les communautés locales adhèrent aux CFCL et appellent à une gouvernance plus participative et à de meilleures retombées économiques



‎Une étude scientifique menée à Bopale et Gambé, dans le territoire de Buta, révèle une perception globalement favorable des Concessions Forestières des Communautés Locales, tout en mettant en évidence des défis persistants liés à la gouvernance, à l’autonomisation et au développement socio-économique.

‎BUTA, Bas-Uélé — RDC. Les Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) constituent aujourd’hui l’un des instruments importants de la gouvernance forestière décentralisée en République démocratique du Congo. Dans le territoire de Buta, notamment à Bopale et Gambé, leur mise en œuvre suscite une adhésion globalement favorable des populations, mais demeure confrontée à plusieurs défis qui limitent encore leur impact sur les conditions de vie des communautés.

‎C’est ce que révèle une étude scientifique réalisée auprès de 227 chefs de ménages, dont 113 à Bopale et 114 à Gambé. La recherche a porté sur la connaissance des CFCL, la participation communautaire, la gouvernance, les retombées socio-économiques et écologiques ainsi que les perspectives d’autonomisation et de résilience des populations locales.

‎Cette étude a été conduite par l’Assistant Victor NANYONZI MABONDA, sous la guidance scientifique du Professeur Ordinaire Hippolyte NSHIMBA SEYA MALALE et du Professeur Cyril-Pitchou TSHIMPANGA ONGONA.

‎Une perception favorable, soutenue par la connaissance

‎Les résultats montrent que les CFCL bénéficient d’une perception globalement favorable auprès des communautés locales : 70,9 % des personnes interrogées expriment une opinion positive.

‎L’étude met également en évidence un lien statistiquement significatif entre le niveau de connaissance des CFCL et leur perception par les populations. Le test du khi-deux fait apparaître une association significative (χ² = 18,633 ; p = 0,017 ; V de Cramer = 0,286).

‎Ce résultat souligne l’importance de l’information, de la sensibilisation et de la formation des communautés dans le processus d’appropriation des CFCL.

‎Une gouvernance encore perçue comme descendante

‎Malgré cette perception positive, la gouvernance des CFCL demeure un sujet de préoccupation. Pour 60,4 % des répondants, elle fonctionne encore principalement selon une logique descendante, dite Top-Down.

‎Le pouvoir décisionnel est notamment perçu comme concentré entre les mains du Comité CFCL (32,6 %) et des chefs coutumiers (27,8 %). De plus, seuls 50 % des répondants déclarent participer activement aux activités liées à la gestion des concessions.

‎Ces résultats révèlent donc la nécessité de renforcer la participation effective des communautés dans les processus de décision et de faire évoluer la gouvernance vers un modèle davantage inclusif, transparent et participatif.

‎La biodiversité mieux valorisée que les retombées socio-économiques

‎Sur le plan environnemental, les résultats sont encourageants. Les actions relatives à la protection de la biodiversité obtiennent un niveau de satisfaction de 69,2 %.

‎En revanche, les retombées économiques et sociales restent limitées. L’impact sur l’emploi est estimé à seulement 36,1 %, tandis que les réalisations en matière d’infrastructures sociales demeurent marginales, avec moins de 2 % de réalisations rapportées.

‎Cette situation contraste avec la forte dépendance des ménages à l’agriculture sur brûlis, qui concerne près de 89 % des ménages enquêtés. Par ailleurs, 84,96 % des ménages disposent de revenus mensuels inférieurs à 43 dollars américains.

‎Ces chiffres traduisent une importante vulnérabilité économique et montrent que la conservation forestière doit être accompagnée d’opportunités économiques concrètes et durables pour les populations locales.

‎Une dépendance encore forte à l’appui extérieur

‎L’étude met également en évidence le rôle prépondérant des organisations non gouvernementales dans l’accompagnement des CFCL. Près de 48 % des répondants considèrent les ONG comme les principales promotrices des initiatives de création des CFCL, contre seulement 12,3 % pour l’État.

‎Cette situation pose la question de la durabilité des initiatives lorsque les partenaires extérieurs réduisent progressivement leur intervention.

‎Cependant, les communautés démontrent un potentiel intéressant d’autonomisation. En cas de retrait des ONG, 61,4 % des personnes interrogées estiment que les activités pourraient se poursuivre, soit totalement (44,7 %) ou partiellement (16,7 %).

‎Cette capacité reste néanmoins fragile puisque 31,6 % des répondants expriment une certaine vulnérabilité, caractérisée notamment par une attitude d’attente ou un sentiment d’abandon.

‎Trois priorités pour renforcer les CFCL

‎À la lumière de ces résultats, trois orientations apparaissent prioritaires.

‎Premièrement, renforcer la participation communautaire. Les mécanismes de décision devraient être davantage ouverts aux populations locales à travers des consultations régulières, une meilleure représentation des différentes composantes de la communauté et une plus grande transparence dans la gestion des CFCL.

‎Deuxièmement, développer des alternatives économiques durables. La forte dépendance à l’agriculture sur brûlis et la faiblesse des revenus plaident en faveur de la promotion de l’agroforesterie, de l’apiculture, de la pisciculture, de la valorisation des produits forestiers non ligneux et d’autres activités génératrices de revenus compatibles avec la conservation des forêts.

‎Troisièmement, renforcer l’autonomie institutionnelle et financière des communautés. L’accompagnement des ONG et des partenaires techniques devrait progressivement privilégier le transfert de compétences, la formation des responsables locaux et la mise en place de mécanismes locaux permettant aux communautés de poursuivre leurs activités au-delà des financements extérieurs.

‎Un potentiel réel pour le développement du Bas-Uélé

‎L’étude montre finalement que les CFCL de Bopale et Gambé disposent d’un potentiel important pour contribuer simultanément à la conservation de la biodiversité, à la gouvernance locale et au développement socio-économique.

‎Mais leur réussite dépendra de la capacité des différents acteurs à placer les communautés au cœur du processus, à renforcer leur pouvoir décisionnel et à créer des conditions favorables à leur autonomie.

‎Pour le Bas-Uélé, l’enjeu est donc majeur : faire des CFCL non seulement des espaces de conservation des forêts, mais aussi de véritables territoires de participation citoyenne, d’autonomisation communautaire et de développement local durable.

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