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Transports à Kinshasa : la suspension des opérations contre les « Wewa », un choix social face à une crise urbaine persistante

Transports à Kinshasa : la suspension des opérations contre les « Wewa », un choix social face à une crise urbaine persistante

Dans une métropole comme Kinshasa, où la mobilité urbaine relève souvent de la débrouille plus que de la planification, la récente décision du ministre provincial des Transports, Jésus Noël Sheke wa Domene, de suspendre les opérations spécifiques contre les motos-taxis communément appelées « Wewa » peut être lue sous un prisme différent : celui d’un arbitrage entre autorité réglementaire et stabilité sociale.

Plutôt qu’un simple assouplissement administratif, cette mesure pourrait traduire une reconnaissance implicite du rôle structurant que jouent les motos-taxis dans l’écosystème urbain kinois.

Dans un contexte de chômage élevé et d’économie informelle dominante, le secteur des Wewa constitue un véritable amortisseur social. Des milliers de jeunes y trouvent un revenu quotidien, souvent sans alternative formelle. Suspendre les opérations d’identification, de numérotation ou d’apposition d’autocollants revient, de facto, à alléger une pression financière et administrative sur une catégorie socio-professionnelle vulnérable.

Ce geste peut être interprété comme une décision de stabilisation : éviter une tension sociale supplémentaire dans un environnement déjà marqué par une forte précarité.

La suspension intervient alors que la « Mission mixte permanente de régulation routière », mise en place pour restaurer l’ordre sur la voie publique, poursuit ses activités. Cette coexistence de fermeté et de flexibilité met en lumière une réalité plus profonde : l’État provincial navigue entre impératif de discipline et contraintes structurelles.

En effet, la régulation stricte des motos-taxis supposerait :

• un système d’identification fiable et digitalisé ;

• des infrastructures de stationnement adaptées ;

• un encadrement professionnel formalisé ;

• et, surtout, une offre de transport public alternative crédible.

Or, en l’absence de ces prérequis, une régulation trop brutale risquerait de paralyser une partie de la mobilité urbaine.

Au-delà des considérations techniques, la décision du ministre pourrait aussi relever d’un calcul politique. Les conducteurs de motos-taxis représentent un groupe social nombreux, visible et capable d’expression collective. Dans un climat où la perception d’injustice peut rapidement dégénérer en tensions urbaines, la suspension des opérations peut être vue comme un geste d’apaisement.

Il ne s’agirait donc pas d’un favoritisme, mais d’une hiérarchisation pragmatique des priorités : maintenir la circulation des personnes et préserver un équilibre social fragile.

Peut-être pas celle de l’équité immédiate entre automobilistes et Wewa, mais celle de la méthode. La suspension pourrait être un temps mort stratégique destiné à repenser le cadre réglementaire, plutôt qu’un renoncement définitif à la réforme du secteur.

Pour les usagers de la route, l’enjeu reste la cohérence. Pour les autorités, le défi est plus large : organiser progressivement un secteur vital sans provoquer une onde de choc sociale.

À Kinshasa, la gouvernance du trafic ne se résume pas à des contrôles et des sanctions. Elle révèle les arbitrages constants entre ordre public, réalité économique et paix sociale. La suspension des opérations contre les Wewa s’inscrit peut-être dans cette équation plus complexe qu’il n’y paraît.

chadrack Katshunga W.

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