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Partenariat USA–RDC : pourquoi le financement adossé à des actifs est une option stratégique incontournable

Partenariat USA–RDC : pourquoi le financement adossé à des actifs est une option stratégique incontournable

Tribune du professeur Patrick Onoya Tambwe

L’accord de partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025 entre les États-Unis et la République démocratique du Congo (RDC) marque un tournant dans les relations économiques entre les deux pays. Au-delà des annonces politiques et diplomatiques, la question centrale demeure : comment financer durablement les projets stratégiques que la RDC entend mettre en œuvre dans le cadre de cet accord, sans alourdir dangereusement sa dette publique ?

À cette question, l’accord apporte déjà un début de réponse, souvent peu commenté : la mise en place d’une Réserve d’Actifs Stratégiques (RAS). Ce mécanisme ouvre la voie à une option de financement moderne et éprouvée sur les marchés internationaux : le financement adossé à des actifs, ou Asset-Based Lending (ABL).

Une innovation financière discrètement intégrée dans l’accord

L’accord prévoit que la RDC identifie et réserve une liste d’actifs minéraux critiques, d’actifs aurifères et de zones d’exploration non encore attribuées, destinés à soutenir la coopération économique avec les États-Unis.

Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une volonté claire de sortir d’une logique de financement exclusivement fondée sur l’endettement budgétaire classique, pour s’orienter vers une logique patrimoniale, où les actifs du pays deviennent un levier financier.

Autrement dit, la RDC ne se présente plus uniquement comme un État demandeur de financements, mais comme un détenteur d’actifs stratégiques valorisables.

Le financement adossé à des actifs : une alternative crédible à la dette classiqueLe financement adossé à des actifs repose sur un principe simple : les fonds sont accordés sur la base de la valeur d’actifs identifiés, documentés et certifiés, et non uniquement sur la capacité de remboursement immédiate de l’emprunteur.

Dans le cas congolais, porte principalement sur les actifs miniers enfouis, c’est-à-dire des ressources du sous-sol dont l’existence et la valeur peuvent être certifiées par des cabinets internationaux indépendants. Une fois certifiés, ces actifs deviennent des actifs financiers intangibles, susceptibles de servir de garanties ou de supports à des montages financiers structurés.

Ce type de financement est aujourd’hui largement utilisé à l’échelle mondiale. Le marché du financement adossé à des actifs représente près de 900 milliards de dollars et devrait dépasser 1 500 milliards de dollars d’ici 2030. De plus en plus, les gouvernements des pays émergents y ont recours pour financer des projets structurants.

La dette congolaise : soutenable, mais structurellement fragile

La dette publique de la RDC est estimée entre 13 et 16 milliards de dollars en 2025. Son ratio dette/PIB, compris entre 20 et 25 %, reste inférieur aux seuils de vulnérabilité généralement admis. Sur le plan macroéconomique, la situation peut donc être qualifiée de soutenable.

Cependant, cette lecture est incomplète. La soutenabilité de la dette ne se limite pas au ratio dette/PIB. Elle dépend aussi d’un critère fondamental : la solvabilité, c’est-à-dire le rapport entre les actifs et les engagements d’un État.

Sur ce point, la RDC demeure structurellement fragile. Ses actifs financiers liquides sont inférieurs au stock de sa dette, ce qui limite sa capacité à absorber de nouveaux engagements, surtout dans le cadre d’un partenariat qui envisage des investissements potentiels estimés à 500 milliards de dollars sur 15 ans.

La Réserve d’Actifs Stratégiques comme réponse structurelle

C’est ici que la Réserve d’Actifs Stratégiques prend tout son sens. En certifiant et en valorisant une partie de ses ressources minières, la RDC peut renforcer son bilan patrimonial, améliorer sa solvabilité et créer les conditions d’un financement soutenable.

La certification d’actifs miniers pour une valeur minimale d’environ 30 milliards de dollars permettrait, par exemple, de porter la valeur des actifs financiers de l’État au-delà de l’encours actuel de la dette publique. Cela changerait radicalement la perception du risque congolais et faciliterait l’accès à des financements adossés à des actifs, plutôt qu’à une dette souveraine classique.

L’urgence n’est pas politique, elle est technique

Le principal défi n’est donc pas la renégociation de l’accord, ni la recherche de nouveaux partenaires. L’urgence est technique et opérationnelle. Sans études géologiques rigoureuses, sans données certifiées selon des standards internationaux, les actifs miniers de la RDC resteront un potentiel inexploité, incapable de soutenir des montages financiers crédibles.

Le gouvernement congolais doit, sans tarder, initier :

• des études préliminaires sur les sites concernés par l’accord ;

• des processus de certification internationale ;

• une structuration patrimoniale claire de la Réserve d’Actifs Stratégiques.

Le financement adossé à des actifs n’est ni une théorie académique ni une option marginale. Il constitue une solution pragmatique et stratégique, parfaitement alignée avec l’esprit et la lettre de l’accord de partenariat USA–RDC.

La réussite de ce partenariat dépendra moins du volume des promesses financières que de la capacité de la RDC à transformer ses ressources minières en actifs financiers crédibles et mobilisables.

La certification des actifs miniers n’est donc pas une option : c’est une condition de souveraineté financière dans le nouveau cadre de coopération avec les États-Unis.

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