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Dossier Mutamba : au-delà des poursuites, un bras de fer silencieux entre Justice et Exécutif

Dossier Mutamba : au-delà des poursuites, un bras de fer silencieux entre Justice et Exécutif

L’autorisation donnée par l’Assemblée nationale de poursuivre le ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, dans une affaire de détournement présumé de 19 millions USD, dépasse le simple cadre d’une procédure judiciaire. Elle marque un tournant : un affrontement institutionnel latent entre le pouvoir judiciaire et une partie de l’Exécutif.

Une affaire judiciaire… ou politique ?

Au cœur de ce dossier : des fonds publics alloués à un projet de construction d’une prison à Kisangani. La société adjudicataire, Zion Construction, semble introuvable. Sur place, aucun chantier, aucune présence visible. Le décor est planté pour un scandale de détournement. Mais la rapidité du traitement de ce dossier, et la médiatisation intense qui l’accompagne, interrogent certains observateurs sur la neutralité de la démarche.

Car Constant Mutamba n’est pas n’importe quel ministre. Proche de plusieurs centres d’influence du régime, jeune et médiatique, il incarne une nouvelle génération politique. Sa mise en cause directe par le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, pourrait aussi révéler une volonté d’assainissement institutionnel, ou… un avertissement politique.

Mutamba contre-attaque

Dans une lettre rendue publique, le ministre de la Justice a récusé l’ensemble de l’équipe du parquet général. Il accuse Firmin Mvonde d’inimitié manifeste, un terme lourd de sens dans le langage judiciaire. Cette démarche, rare, s’appuie sur la loi de 2013 régissant les juridictions de l’ordre judiciaire.

Mais cette riposte est surtout symbolique : elle suggère une rupture de confiance entre un ministre chargé de l’administration de la justice et ceux-là mêmes qui en garantissent l’application. Un paradoxe qui fragilise encore davantage la perception de la séparation des pouvoirs.

Des précédents inquiétants

Ce n’est pas la première fois que des frictions de cette nature éclatent au sommet de l’État. Mais le contexte actuel fait de réformes annoncées, de lutte contre la corruption et de recomposition politique donne à l’affaire Mutamba une portée plus large. Le parquet affirme disposer d’éléments probants. Le ministre, lui, évoque un « procès politique ».

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp de la justice. Si les poursuites aboutissent à une inculpation, voire une arrestation, cela renforcerait la crédibilité de l’appareil judiciaire. Mais si l’affaire s’étouffe ou se politise, elle deviendra un exemple de plus des jeux de pouvoir à la congolaise.

Dans tous les cas, ce dossier cristallise un malaise plus profond : celui d’un État en quête de cohérence entre ses discours de transparence et les réalités de ses institutions.

Martin Tadiya

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