« Ils veulent me faire taire, je choisis de parler » : Joseph Kabila brise le silence
Moins de 24 heures après la levée de ses immunités parlementaires, l’ancien président congolais Joseph Kabila kabange est sorti de son silence depuis le 24 janvier 2019. Accusé de trahison par le lien supposé avec les rebelles du M23-AFC soutenu par le Rwanda, il a pris la parole ce vendredi 23 mai dans la soirée, dans une allocution que les médias nationaux et internationaux ne pouvaient pas rater, pour dénoncer ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » et appeler à un « pacte citoyen ». Une déclaration aussi inattendue que bouleversante, qui marque un tournant politique majeur dans l’histoire récente du pays.
Des accusations graves et une riposte ferme
Dans un ton grave, le sénateur à vie Joseph Kabila a dénoncé une dérive autoritaire du pouvoir en place. Il a évoqué « le sang de nos compatriotes, civils et militaires, valeureux officiers et soldats de rang, abondamment et gratuitement coulé, du fait de l’intolérance, du cynisme, voire pire, d’un terrorisme d’État ». Il cite notamment le massacre des détenus de Makala dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024, qualifié de « crime incontestable contre l’humanité, à ce jour resté impuni ».
Un héritage trahi, un pays désabusé
Revenant sur sa succession, l’ancien chef de l’État s’est dit choqué par la gestion actuelle de la République. « À peine six ans après, ce bel héritage en indivision, légué à l’ensemble de notre peuple, a été complètement dilapidé. » Il décrit un pays « qui suscite du désespoir au sein de notre peuple et de la pitié et des moqueries à travers le monde ».
La jeunesse sacrifiée
Joseph Kabila a aussi dénoncé l’abandon de la jeunesse congolaise, pourtant engagée dans les combats pour la démocratie. « Aujourd’hui, sans repères ni perspectives sérieuses du lendemain, elle se sent abandonnée », a-t-il regretté. Mais il ajoute : « L’échec d’un régime compromet, mais ne scelle pas définitivement le sort d’un peuple. »
Un appel à un pacte citoyen

Dans une proposition solennelle, Kabila a invité la nation à un sursaut. Il appelle à bâtir « un pacte citoyen, afin de tirer le pays du gouffre ». Ce pacte s’articule autour de douze engagements majeurs, dont « mettre fin à la tyrannie », « rétablir l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national », « restaurer la démocratie » ou encore « ordonner le retrait, sans délai, de toutes les troupes étrangères ».
Des libertés en recul et une démocratie affaiblie
L’ancien président a aussi dénoncé l’attitude du régime actuel face à sa présence annoncée à Goma. « Suite à une simple rumeur sur ma prétendue présence à Goma, le régime en place a pris des décisions arbitraires avec une légèreté déconcertante », a-t-il affirmé. Pour lui, cela démontre « le recul spectaculaire de la démocratie dans notre pays ».
Solidarité avec l’Est et message d’espoir
Enfin, Joseph Kabila a exprimé sa compassion envers les victimes de la guerre à l’Est du pays. « Vous qui êtes abandonnés par un pouvoir central je vous adresse ma sympathie, mon réconfort et ma solidarité. » Il a conclu sur un ton résolument engagé : « Je m’engage à jouer ma partition. Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo ! »
Felicien Dingishi
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